7 min · Finances · Soignantes libérales
- Pour savoir combien de séances par mois te permettent de te verser un vrai salaire, on part de tes charges perso, jamais d'un pourcentage entendu quelque part.
- Le seuil de rentabilité couvre ce que ton cabinet te coûte. En dessous, le cabinet te coûte de l'argent.
- Le seuil de sérénité est plus haut : charges fixes, charges variables, cotisations, trésorerie professionnelle mise de côté, et ce que tu te verses.
- Le chiffre final se traduit en nombre de séances, parce que c'est la seule unité qui parle vraiment à une soignante.
- Mon repère à moi, à l'époque : 116 séances par mois pour être sereine.
Tes charges perso d'abord
Tu veux savoir combien de séances par mois te permettent de te verser un vrai salaire. La réponse commence sur ta table de cuisine.
Ton loyer ou ton crédit. Les courses. L'assurance de la voiture. La mutuelle. Ce que ta vie coûte chaque mois, avant même d'ouvrir l'agenda du cabinet.
Ce chiffre est intime. C'est souvent le moment le plus inconfortable du calcul, et c'est celui qui rend le reste possible.
Beaucoup de soignantes partent d'un pourcentage attrapé dans un groupe Facebook. Un pourcentage qui ne connaît ni ton loyer, ni ton crédit voiture, ni le nombre de bouches à nourrir chez toi.
Ce que tu te verses se décide en euros, à partir de ta vie réelle. Ensuite seulement, on traduit tout ça en séances.
Un geste concret pour ce soir : liste tes dépenses perso d'un mois ordinaire, sans arrondir vers le bas. Un mois ordinaire, sans Noël ni vacances d'été.
Pour que ce chiffre reste lisible toute l'année, garde tes deux comptes séparés. Le compte du cabinet d'un côté, ton compte perso de l'autre, et un virement entre les deux qui porte un nom : ton salaire.
Côté obligation, la loi PACTE du 22 mai 2019 a allégé la règle pour les micro-entrepreneurs : le compte bancaire dédié devient obligatoire quand ce que tu encaisses dépasse 10 000 € deux années civiles de suite. Les conditions exactes dépendent de ton statut et sont consultables sur service-public.fr.

Le seuil de rentabilité
Le premier seuil s'appelle le seuil de rentabilité. Il répond à une seule question : combien de séances par mois pour couvrir ce que ton cabinet te coûte, avant même de parler de ce que tu te verses.
En dessous de ce seuil, ton cabinet te coûte de l'argent. Tu travailles, tu encaisses, et le solde descend quand même.
Les charges fixes, ce sont les lignes qui tombent que tu travailles ou pas. Août compris. Les voici, dans le désordre où on les retrouve sur les relevés :
- le loyer du cabinet, ou la redevance que tu verses en collaboration
- ton logiciel métier et la télétransmission quand ta profession y est soumise
- l'assurance responsabilité civile professionnelle
- la cotisation à ton ordre professionnel, quand ta profession en a un
- le téléphone, l'internet du cabinet, l'abonnement de ta boîte mail sécurisée
- la cotisation foncière des entreprises
Cette dernière ligne surprend beaucoup de soignantes la deuxième année. L'année de création de ton cabinet est exonérée de cotisation foncière des entreprises, puis l'avis arrive à l'automne dans ton espace professionnel, à payer au plus tard le 15 décembre. Les modalités sont détaillées sur impots.gouv.fr.
Ce seuil est bas, et il rassure. Il ne te paie pas pour autant. Des cabinets tournent juste au-dessus pendant des années, avec la sensation de courir sans rien garder.
Il sert quand même de plancher. Quand tu passes en dessous deux mois de suite, tu regardes ce que ton cabinet te coûte avant de regarder ton agenda.
Le poser demande de retrouver tes charges fixes réelles sur douze mois. C'est du tri de relevés et de factures, et ça prend une bonne soirée.
Le seuil de sérénité
Le deuxième seuil est plus haut, et c'est celui qui t'intéresse quand tu cherches combien de séances par mois te permettent de te verser un vrai salaire.
Il empile cinq choses : tes charges fixes du cabinet, tes charges variables, tes cotisations, la trésorerie professionnelle que tu mets de côté, et ce que tu veux te verser.
Les charges variables bougent avec ton activité. Le petit matériel, les gants, les frais de déplacement, l'essence, les kilomètres qui montent quand ta tournée s'allonge.
Les cotisations sont la ligne qui fait le plus de dégâts quand on l'oublie. Elles sont d'abord appelées à titre provisionnel, puis régularisées une fois ton revenu réel connu, comme l'explique urssaf.fr. Ta caisse de retraite est la CARPIMKO ou la CIPAV selon ta profession, à vérifier auprès d'elle.
La trésorerie professionnelle, c'est le coussin qui reste sur le compte du cabinet pour absorber ce qui est déjà dû. Le solde de ce compte contient les cotisations à venir et les charges du cabinet.
Ta cotisation de prévoyance a sa place ici. Quand le contrat est un contrat dit Madelin, du nom de la loi du 11 février 1994 consultable sur legifrance.gouv.fr, cette cotisation est une charge professionnelle déductible dans les limites fixées par la réglementation fiscale. Elle fait donc partie des charges de ton cabinet et entre dans ce seuil.
Et le salaire, celui que tu as posé en euros au début, se pose ici, en dernier. Il ferme le calcul.
Ton seuil dit combien il faut faire entrer chaque mois. Traverser un arrêt de travail, c'est autre chose : ça se joue avec ton contrat de prévoyance et ton matelas de sécurité, une épargne que tu constitues à part. La cotisation de prévoyance, elle, reste bien une charge du cabinet.
- couvre ce que ton cabinet te coûte
- charges fixes uniquement
- ne contient pas ce que tu te verses
- en dessous, le cabinet te coûte de l'argent
- c'est un plancher
- couvre le cabinet et ta vie
- charges fixes, charges variables, cotisations
- trésorerie professionnelle mise de côté
- contient le salaire que tu veux te verser
- c'est un objectif de travail

Combien de séances par mois
Un montant en euros ne parle à personne. Combien de séances par mois, ça, tu sais ce que ça représente : tu connais ta journée, tes tournées, tes créneaux.
On divise donc chaque seuil par ce qu'une séance fait entrer chez toi. Tu obtiens deux nombres de séances, et une photo très nette de ta situation.
Ce qu'une séance fait entrer dépend de ta profession et du fait qu'elle soit conventionnée ou non. Pour les professions conventionnées, les tarifs et leurs dates de revalorisation sont publiés sur ameli.fr. Pour les autres, les honoraires sont libres et se fixent avec tact et mesure, dans le respect des règles propres à ta profession.
Le calcul se fait au mois parce que les échéances tombent au mois. Ton prélèvement de cotisations arrive le 5 ou le 20 selon l'option que tu as retenue auprès de l'URSSAF, ton loyer tombe le 1er, ton logiciel le 15.
Pense à tes semaines de congés. Un seuil calculé sur douze mois pleins te ment gentiment, et l'addition se présente en août.
Quand j'ai posé mes chiffres, j'ai vu que mes semaines à rallonge me plaçaient à peine au-dessus du premier seuil. Le nombre de séances ne mentait pas, et il m'a permis d'arrêter de deviner.
Pourquoi ça coince seule
Trouver combien de séances par mois tu dois faire n'a rien de sorcier sur le papier. Dans la vraie vie, ça bloque souvent, et pour de bonnes raisons.
D'abord le temps. Retrouver douze mois de charges fixes dans des relevés, des mails et une boîte à chaussures de factures, ça occupe deux soirées, celles où tu es déjà rincée.
Ensuite ce que ça remue. Regarder en face ce que tu te verses vraiment après une année à courir, ça pique. Beaucoup de soignantes repoussent ce moment, et je les comprends.
Les erreurs reviennent presque toujours aux mêmes endroits. Compter douze mois pleins. Oublier les cotisations à venir. Confondre ce que tu encaisses avec ce que tu gardes vraiment.
Il y a aussi le doute qui reste après. Tu poses un chiffre, et tu ne sais pas s'il est juste. La confirmation arrive avec la régularisation de tes cotisations, après la déclaration de revenus du printemps, dont les dates limites sont publiées chaque année par département sur impots.gouv.fr.
Et la solitude, qui ne se dit pas beaucoup. Personne à qui montrer ton tableau le soir, personne pour te dire si tu as oublié une ligne.
Certaines soignantes posent très bien leurs deux seuils seules, avec un carnet et une soirée au calme. D'autres préfèrent le faire à deux, une bonne fois, et repartir avec un chiffre en séances auquel elles font confiance. Les deux se défendent, et tu es la mieux placée pour savoir où tu en es. Si tu veux voir à quoi ressemble la version accompagnée, elle est décrite sur Coach Ton Cab.
Emma
Questions fréquentes
Je viens de m'installer, je n'ai aucun historique. Je calcule comment ?
Tu pars de ce que tu connais déjà : tes charges perso, ton loyer de cabinet, ton assurance, ton logiciel. Tu poses une première version, volontairement prudente, et tu la corriges tous les trimestres. Un seuil imparfait vaut mieux qu'un agenda rempli au hasard.
Mon nombre de séances change tous les mois, ça marche quand même ?
Oui. Le seuil se raisonne en moyenne sur les mois réellement travaillés, congés retirés. Certains mois tu passeras dessous, d'autres dessus. Ce qui compte, c'est la moyenne sur l'année et le fait de savoir quand tu décroches.
Mes deux seuils bougent dans le temps ?
Oui, à chaque fois qu'une ligne change : un loyer qui augmente, une cotisation régularisée, un enfant qui arrive. On les repose une à deux fois par an, et le calcul est bien plus rapide la deuxième fois.
Mon seuil de sérénité me paraît hors d'atteinte, je fais quoi ?
Il devient un objectif, et il t'indique où regarder : ce que ton cabinet te coûte, le nombre de séances tenables dans ta semaine, et ce qu'une séance fait entrer, selon que ta profession est conventionnée ou non. Un seuil trop haut est une information.
Est-ce que je dois compter mon matelas de sécurité dans le seuil ?
Non, c'est une épargne que tu construis à côté. Ce qui entre dans le seuil, ce sont les charges du cabinet, dont ta cotisation de prévoyance quand le contrat est un contrat Madelin.
- On part des charges perso de la soignante, jamais d'un pourcentage entendu quelque part.
- Le seuil de rentabilité couvre ce que ton cabinet te coûte. C'est un plancher.
- Le seuil de sérénité ajoute les charges variables, les cotisations, la trésorerie professionnelle et ce que tu te verses.
- Les deux se traduisent en combien de séances par mois, la seule unité qui te parle vraiment.
- Un arrêt de travail se traverse avec ta prévoyance et ton matelas de sécurité, pris à part.
- Chaque chiffre officiel se vérifie à la source : urssaf.fr, impots.gouv.fr, service-public.fr, ameli.fr.
Poser tes deux seuils au calme, avec quelqu'un qui a fait le même calcul pour son propre cabinet, c'est exactement ce qu'on fait dans Boost Tes Finances. On part de tes charges perso, on descend jusqu'au nombre de séances par mois qui te correspond, et tu repars avec un chiffre auquel tu fais confiance.
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